À travers une pluralité de gestes plastiques, les travaux photographiques de Dune Varela interrogent notre manière d’appréhender les éléments naturels et plus précisément nos modalités de représentations qu’elles soient scientifiques, touristiques, raisonnées ou affectives. Environnements stellaires, icebergs, volcans, territoires sauvages ou étendues maritimes s’offrent ainsi comme motifs à un travail de réappropriation : une altération volontaire de la surface qui, par le recouvrement, la fissure, le craquèlement, tend à entamer l’apparente évidence d’images pas si plates.

Après Impalas, Lycaons qui abolissait l’illusion naturaliste d’un ensemble de dioramas — ces mises en scènes aux décors peints conçues pour accueillir des animaux taxidermisés et ainsi reconstituer une observation scientifique dans les vitrines des musées — en exacerbant le caractère factice ou fantasmé de telles représentations par un retour au bidimensionnel, c’est désormais la surface elle-même du tirage photographique qui constitue l’enjeu de son travail.
Poursuivant son investigation d’un corpus de représentations scientifiques et donc peu ou prou objectives, Dune Varela utilise des images de la NASA ou emprunte à Google Image ses icebergs, ses mers et ses volcans. Clichés détournés de leurs usages par le biais de subtiles mises en abîme qui interrogent tour à tour les relations entre image, cadre et profondeur, chacune de ces séries propose un discret écart avec le geste photographique, renonçant au moment de la prise de vue pour se concentrer sur celui du traitement de l’image et de son imaginaire.
« Briser les étoiles », « froisser les icebergs » ou « déchirer la mer » composent autant de propositions esthétiques qui, avec légèreté, insufflent un trouble certain face à ces images déjà vues. Ce traitement non dénué d’esprit critique, oscille entre décalages poétiques et commentaire critique sur les rapports que l’homme entretien avec la nature. Il ne s’agit pas pour autant de propositions discursives ou documentaires mais bel et bien de maintenir chez l’observateur, par le trouble qu’elles provoquent, un état de questionnement inquiet.
De là la spécificité des images qu’elle crée et qui nous renvoient tour à tour à nos peurs et fascinations face à la beauté terrifiante des phénomènes naturels dont elle exacerbe la perfection plastique en même temps qu’elle les dramatise : dans Icebergs, les massifs isolés et traités comme des sculptures menacent le glaçage lisse du papier photo de leurs volumes souterrains jusqu’à éprouver celui-ci ; un Lion semble acculé face aux limites de sa propre représentation tandis que La Mer déchirée éventre la plénitude de son horizon ; des Constellations comme autant de traces visibles, d’éclats, d’un astre sans doute déjà éteint ou rompu.
En transformant presque ces reproductions en objets, Dune Varela flirte avec le sculptural, le scénographique et, ce faisant, trace la carte et le territoire de son propre champ artistique où la photographie devient matériau.

Sophie Grappin