DUNE VARELA

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Les éditions Lutanie présentent pour la première fois un livre de photographie, dédié à Dune Varela qui interroge les tentatives de l'homme pour encadrer et reconstituer artificiellement la nature. Elle mêle à ses photographies prises dans des musées d’histoire naturelle des photographies de paysages réels.

Impalas, lycaons et autres paysages de Dune Varela
Série de vingt-cinq photographies accompagnées d'un entretien en français entre Dune Varela et Manon Lutanie, également traduit en anglais par Anne Appathurai.
Paru en janvier 2012
20 x 14 cm, 72 pages

Presse :
http://www.lalettredelaphotographie.com/archives/by_date/2012-01-31/5481/dune-varela-paradis-perdus
http://www.photographie.com/event/dune-varela-impalas-lycaons

Extraits de l'entretien de Dune Varela

Manon Lutanie : Comment avez-vous commencé à travailler à cette série de photographies ?
Dune Varela : Un jour, j’ai visité le Muséum d’histoire naturelle de San José au Costa Rica. (...) Il présente une collection d’animaux empaillés, vieille et désuète, mise en scène dans des décors de nature reconstituée : des dioramas. J’ai eu envie de construire une série à partir de ces dioramas. (...) Il s’agissait à l’origine d’un tableau panoramique peint pour le théâtre et éclairé de telle manière qu’il donnait l’illusion au spectateur de voir des paysages réels. (...) Le diorama constitue aussi une forme d’encadrement de la nature. J’avais dans l’idée de réaliser une mise en abyme à travers l’image photographique qui, elle-même, est une délimitation d’un champ visuel. J’avais aussi envie de travailler sur le paysage. Et cette forme d’esthétisation de la nature dans le contexte d’un musée m’attirait.
 
Saviez-vous dès le début que vous associeriez ces photographies prises en intérieur à des photographies prises dans un contexte naturel ?
(...) C’est la vision d’un diorama qui m’a amenée à élaborer une histoire autour de l’artificialisation de la nature. (...) Associer à ces photographies de scénographies naturalistes de « vrais » paysages c’était aussi questionner la représentation du réel. Il s’agit de jouer sur différents degrés de perception. J’aime brouiller la frontière entre le naturel et l’artificiel, le réel et le fictif, en cherchant le point où se pose la question de la réalité de la chose photographiée, mais aussi de l’image elle-même : est-ce un décor, un vrai paysage, une peinture ? 
 
(...) Votre petit garçon apparaît trois fois dans le livre, c’est donc la seule figure récurrente. Dans quelle mesure est-il signifiant pour vous que ce soit votre fils et pas n’importe quel petit garçon ?
C’est vrai que mon fils est présent dans tout mon travail photographique sur le paysage : c’est lui qui, en quelque sorte, m’a appris à regarder la nature autrement. Les paysages de Jules étaient des micro-paysages, la délimitation d’un territoire accessible, à son échelle.
 (...) La photographie de la nudité de l’enfant est aujourd’hui au coeur de nombreux débats. Avez-vous hésité à montrer ces images ?
Je sais bien qu’il existe beaucoup de polémiques autour de l’enfant et de la nudité. La société s’évertue à masquer les problèmes réels. Je note simplement que nous sommes confrontés tous les jours dans notre quotidien à une banalisation de la sexualité à travers les magazines de mode et autres médias et à côté de cela la simple nudité choque. Il y a dans ce mode de pensée une perversion de la censure.
 
(...) Cette série a quelque chose du bestiaire, mais d’un bestiaire un peu ancien, fabuleux. On voit bien qu’il ne s’agit pas d’inventorier les animaux les plus connus. (...) Que voulez vous signifier à travers votre choix de certains animaux, et avez-vous recherché chez eux certaines « expressions » particulières ?
J’aime que certains animaux soient étranges et non reconnaissables. Je voulais éviter l’image « Walt Disney », l’image d’Épinal. À travers la photographie, je cherche souvent ce moment où tout semble en suspension, entre deux états, avant le basculement. Il est vrai qu’avec les animaux empaillés, une antinomie existe entre la mort réelle de l’animal et la volonté esthétique de le rendre vivant. Cette impression de suspension est aussi exacerbée par l’immobilité propre à l’animal taxidermisé, ce qui crée une forme de temporalité inquiétante.
 
(...) À quoi travaillez-vous à présent ?
J’ai plusieurs séries en cours. Je continue de travailler sur l’artificialisation et l’encadrement de la nature à travers la reconstitution de décors naturels dans les zoos, des jardins botaniques ou des parcs à dinosaures. J’ai également entamé une série de portraits d’enfants à peine visibles, cachés derrière des buissons, des feuilles, des arbres. (...) Il y a des moments que la photographie ne peut et ne doit pas enregistrer mais qu’elle tente ensuite de reconstituer.